Mensonges d’état

Mensonges d’état, Ridley Scott, 5 novembre 2008.

dicaprio

Petit détour sémantique. Un mensonge d’Etat, c’est une sorte de canular géant monté de toutes pièces par un gouvernement visant à un intérêt particulier. Nous en avons une illustration récente probante avec l’administration Bush et sa guerre « juste et légitime » contre l’Irak doté d’ “armes de destruction massive” … mais surtout d’ô combien excitantes réserves de pétrole. A titre informatif, je vous conseille la lecture de Franck Rich, journaliste, qui publié en 2003 « The Greatest Story Ever Sold », ouvrage consacré à la propagande de l’administration américaine dans le cadre de cette guerre et de ce qui a trait à la manipulation des médias et par leur biais de l’opinion.

Dans le film de Ridley Scott, le Mensonge d’Etat qui sous-tend l’intrigue est l’invention d’un mouvement terroriste dont le seul objectif est d’entrer en contact et d’arrêter Al-Saleem, cheikh leader d’un groupe armé à l’origine d’attentats à travers l’Europe. Ce simulacre instiguera un homme totalement innocent au rang de cheikh de cette entité affabulée. Il en paiera de sa vie. Dommages collatéraux …

Mais reprenons au commencement de l’intrigue. Ancien journaliste blessé lors de la guerre en Irak, Roger Ferris (Dicaprio) est recruté par la CIA pour traquer un terroriste basé en Jordanie. Afin de pénétrer son réseau, Ferris devra s’assurer du soutien et de la collaboration du très rodé et cynique agent de la CIA : Ed Hoffman (Russel Crow, qui devrait penser à perdre du poids s’il veut être à même d’enfiler son costume de Robinwood) et du chef des renseignements jordaniens (le très charismatique Mehdi Nebbou).

Le film de Scott est en premier lieu un film d’action. La patte désormais bien connue du réalisateur lacère l’écran dans une mise en scène nerveuse et bien menée. La caméra est haletante, impatiente et le spectateur est entraîné dans un scénario parfois complexe et obscur mais qui, tout du long reste captivant. De son côté, Dicaprio a largement évolué depuis son rôle de Jack Dawson le minot romantique. Scorsese est déjà passé par là avec Gangs of New York (où, malheureusement pour lui, il se retrouve face à Daniel Day Lewis, dieu vivant du cinéma US, qui le dévore et le surclasse à l’écran), Aviator (où son incarnation du fantasque et torturé Howard Hugues était remarquable) et les infiltrés. L’acteur, sourcils froncés et dégaine assurée revêt un certain cachet. Il y a quelque chose de saisissant chez cet agent. Il est un homme sans identité, condamné à changer sans cesse de nom, de visage, et dont le seul contact avec le monde est une voix désincarnée, à l’autre bout d’une ligne sécurisée. Il est une sorte de fantôme flottant d’un endroit à un autre sans autre but que sa mission. Russel Crow (la voix) joue une gamme brillante en agent cynique et immoral. Il est la canne de Ferris, ses yeux et sa conscience durant sa mission. L’avancée de l’intrigue et le cheminement moral et identitaire de Ferris consistera pour lui à se dégager de cette tutelle et à reprendre les commandes de sa vie.

Ridley Scott est plus qu’ingénieux dans le traitement de l’action, mais il faut noter qu’au delà de cet aspect se profile une certaine réflexion, pas réellement aboutie mais des bribes se distinguent : Stérilité de l’actuel traitement du terrorisme par les Etats-Unis, vision non-unifiante des populations arabes, approche en clair-obscur des membres de la CIA et des leaders terroristes.

Il y a du John le Carré dans Mensonges d’Etat. Célèbre romancier britannique des années 30, il écrivit de nombreux romans d’espionnage se déroulant dans le contexte de la Guerre froide. A l’opposé de Flemming, de son héros Bond et de ses méchants, les personnages de Le carré sont bien plus complexes, beaucoup plus discrets et moins manichéens.


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