La fausse note de Luhrmann

Australia, Baz Lhurmann, 24 décembre 2008

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Nous nous situons vers la fin des années 30, Lady Sarah Ashley, une aristocrate anglaise guindée, débarque dans l’environnement sauvage du Nord de l’Australie pour y rejoindre son mari qu’elle soupçonne d’adultère. Elle le retrouve mort, transpercé par une lance en verre. Tué par le félon de service Neil Fletcher, un méchant sans envergure (mais où s’est planqué mon regretté Duke du Moulin !). Seule et désemparée, Mrs Ashley prend la décision de sauver Faraway Downs et n’a alors d’autre alternative que de s’associer avec « Drover », sorte de cow-boy local, rustre et discourtois – le parfait opposé de Mrs. On sait déjà qu’ils finiront l’un sur l’autre dans une étreinte sauvage à un moment ou un autre de la pellicule. Mais nous n’en sommes pas là ! Grand dieu. Avant cela, il y a près de 2H30 de coups de théâtre, intrigues, rebondissements. Entre  les milliers de kilomètres parcourus pour livrer 1500 têtes de bétail à Darwin, le feu meurtrier déclenché par Neil et sa clique, l’arrachement du petit Nulah amené sur l’île de la mission, la guerre, les bombardements japonais. Et l’Amour bien sur, qui s’insinue dans les interstices de toutes ces péripéties, entre la belle et la bête (poilue, virile et musculeuse), l’amour, qui tourne, zigzague, se renforce, au gré de ce fourbi.

Avec Australia, Baz Lurhmann cherche à réaliser son rêve de toujours : donner naissance à une grande saga d’aventure, une épopée, une passion sur fond d’Histoire, se déroulant dans son pays natal, un film qui, dans la tradition des grands films hollywoodiens donne à rêver, à émouvoir. Baz l’a dit, il pense avoir réalisé une sorte d’Autant en emporte le vent australien. « Un de ces films qui va unir les gens, les pousser à une communion d’esprit et de cœur. Un film qui guérit et apporte le réconfort de l’âme dans notre monde imprévisible et changeant » : Baz au pays des merveilles.

Malheureusement pour Lui, son grand rêve ne se verra pas exaucer.

Tout d’abord, Baz Luhrmann aime son pays. Il l’adore. Réellement.Tant et si bien que son film s’apparente bien souvent à une campagne de communication de l’office du tourisme australien. A l’image de ces scènes où la caméra se prend à survoler  les paysages sauvages, le cœur aride de l’Australie, les campagnes reculées, les forêts tropicales, les chaînes montagneuses. Une succession d’images, certes magnifiques, mais amenées ça et là sans justification aucune.

Mais le souci majeur est la non adéquation de la griffe Luhrmann , décalée et drolatique, alternant moments de douce ironie extravagante et moments absolument romanesques, avec le genre cinématographique auquel il a voulu se frotter. Les films-fresque du temps de l’âge d’or hollywoodien ne laissent nulle place à la dérision. Et Baz fait constamment osciller sa réalisation entre deux rives inconciliables.

Le film débute sur le versant burlesque. Avec une Nicole Kidman pompeuse et maniérée, bousculée par les indélicates manières de Hugh Jackman. On atteint le paroxysme de la gausserie et de la caricature avec l’image du « drover », corps d’athlète à la pilosité prononcée,  s’ébrouant, de l’eau ruisselant le long de son corps sous le regard interloquée mais non moins électrisé de Mrs Ashley.  Dans le même registre, on trouve également l’apparition de Hugh au Gala, digne d’un personnage archétypal d’amour gloire et beauté : la mine poudrée, du baume aux lèvres, privé de sa barbe de baroudeur et les cheveux gominés. Encore un coup de l’espiègle Baz.

Oui mais voilà, à côté de cet aspect désinvolte et turbulent qu’on lui connaît- il n’y a qu’à voir Moulin Rouge, spécialement les premières 20 minutes – Mr Luhrmann a eu le malheur de se prendre trop au sérieux. Pour réaliser une grande épopée, il le fallait, évidemment. Le problème ne vient pas de son intention. Mais plutôt du fait que ce genre filmique ne souffre pas son effronterie et sa cocasserie. Pis encore, il passe pour un réalisateur suffisant et vaniteux. « Moi, Baz Luhrmann, vais réaliser une grande fresque historique qui marquera l’histoire du cinéma à la façon d’un Autant en emporte le vent ».

L’australien était donc un enfant et un jeune adulte qui a admiré de grands films, s’est extasié devant le travail de  grands réalisateurs et a adulé l’âge d’or du cinéma US.  Pourtant, dans sa volonté  de rendre hommage à cette période, il a réalisé un pastiche de film épique, une contrefaçon outrancière qui ne sied aucunement à sa patte. Lui qui avait offert un rôle sublime à Nicole Kidman dans Moulin Rouge, lui offre une sortie par les restrooms avec un rôle nigaud en définitive. Ajoutons à cela la mièvrerie de la scène finale qui est simplement à pleurer.

Je ne dresse pas le procès du réalisateur. Je suis juste plus difficile lorsqu’il s’agit de réalisateurs que je considère. En effet, Baz Luhrmann est extrêmement talentueux, sa trilogie : Ballroom dancing, Roméo et Juliette et Moulin Rouge, en atteste plus que largement. Sa caméra mouche, qui bourdonne et virevolte, recule, accélère, nous donne presque la nausée à nous mener de lieux en lieux par le bout du nez, sa folie furieuse, ses personnages extravagants, les écarts qu’il est capable de réaliser entre pure comédie et scènes d’un tragique absolu en l’espace de quelques minutes, le jeu qu’il opère sur les sonorités, tantôt assourdissantes, tantôt si légères. Son style est bien prononcé, trop singulier pour se fondre dans les codes des grands classiques épiques hollywoodiens.

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