Boyle is a thief

Slumdog Millionaire, Danny Boyle, 14 janvier 2009

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Danny Boyle est étonnant. La capacité, pour un cinéaste, à passer d’un registre à l’autre, sans aucun lien entre les œuvres (ou peu), aucun repère pour le spectateur, m’a toujours impressionné. Milieu des années 90, il tourne  Petits meurtres entre amis, une comédie excentrique et loufoque. Dans la foulée, un an après, il met en boite Trainspotting, drame social sordide et captivant -avec un de ces acteurs fétiche, le jeune Ewan Mcgregor. 10 ans plus tard, tournant radical, il réalise Sunshine, sorte de fable de science fiction mystico-dingo. Et le revoici aujourd’hui,  avec sous le bras, son Slumdog Millionaire , et accessoirement, ses 8 statuettes.

Le problème avec ce type de réalisateur, zigzagant entre les genres, slalomant entre les codes, c’est leur manque d’acquis qui aboutit à une filmographie en dent de scie, avec, à titre illustratif,  un génialissime Trainspotting et, de l’autre côté du spectre un navet comme La plage. Des gars comme les coen, Allen, Eastwood etc. qui ressassent en permanence les même thèmes, les mêmes codes, sont aguerris et donne à chaque fois quelque chose de meilleur. Il y a, bien sur, le pendant négatif qui consiste à finir par se caricaturer. Mais les bons évitent généralement cet écueil.

Ou nous amène Danny Boyle cette fois-ci ? Dans quelle contrée, au cœur de quelle odyssée ? Nous voici en Inde, le scénario est le suivant : un gamin des bidonvilles, Jamal, est candidat au « Qui veut gagner des millions » local – avec un Jean-Pierre national peu bienveillant. Il va, par miracle, tricherie, ou que sais-je encore, répondre à toutes les questions jusqu’au 20 millions de roupies. Persuadé de sa malhonnêteté et de sa fourberie, la police locale le torturera pour lui faire avouer sa tricherie, mais Jamal va leur expliquer  une à une les raisons pour lesquelles il connaissait les réponses à chacune des questions, et nous entraine ainsi, sous forme de flashback incessants, à côtoyer ce gamin des bidonvilles depuis sa plus tendre enfance dans un récit de vie pittoresque.

Le style qu’emprunte ici Boyle, caméra très agitée, couleurs saturées, flash back incessants, est censé saisir le spectateur et le trimballer d’émotion en émotion. Pour ma part, j’ai éprouvé la désagréable impression que Mr Boyle s’est servit de sa caméra épileptique, de ses plans-séquence effrénés, collé aux talons de ces petits indiens détalant, pour masquer le manque d’épaisseur de son scénario, de ses dialogues (les explications à la plupart des questions sont mortellement simplistes). Une turbulence et une impétuosité telle qu’elles finissent par perdre le spectateur, le réalisateur et son récit. Une allure saccadée et convulsive comme pansement à un scénario bien plat.

Et que cherche-t-il alors, Danny : à mettre en exergue la situation misérabiliste des bidonvilles (dans ce cas les images sont trop glamour et colorées), à faire du bollywood (dans ce cas la logique est avortée, avec quelques références kitsch non assumées). Rien de tout ça, Boyle nous balance un entre deux tiédard. Agrémenté d’une fin à faire tomber les mouches. « Mais c’est un conte ! Il ne faut pas s’attacher à la logique du propos, il faut simplement se laisser porter ». Un peu facile de se cacher derrière une forme cinématographique pour justifier les manquements et faiblesses d’un scénario à la gomme, la gomme toute rose.

2 heures de sirop de glucose, une overdose à la sortie, hyperglycémie et tout ce qui s’ensuit : merci Danny !

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