Le mauvais esprit de Frank Miller

The spirit, Frank Miller, 31 décembre 2008

cravate

 

Will Eisner a crée « The Spirit » dans le années 40. Les aventures de ce héros masqué, ganté et cravaté, étaient relayées dans les pages dominicales d’un journal U.S, au cœur de livrets de 16 pages format tabloïd.  Le personnage central est un être – ni tout à fait humain, ni tout à fait esprit – errant entre vie et mort. Il était Denny Colt, flic tué lors d’une opération. Et, par le fait d’expérimentations sur sa personne, remonta mystérieusement le Styx … Dès lors, il devint The spirit, vengeur masqué, justicier d’une ville sombre et en proie à nombre de criminels, ombre à cravate rougeoyante, rôdant dans les nuits, rampant et ondulant sur les toits de Central City, sa ville, son amour. Son seul véritable amour. Il le répète maintes fois – au cas où le spectateur soit malentendant ou totalement idiot. Un de ces films ou rien n’est suggéré, tout est dit bien haut et plusieurs fois pour le faire intégrer au spectateur perçu comme un benêt fini.

Central city est son irréfragable amour, déesse parmi les femmes-apparitions qui s’offrent à lui, toutes les 5 minutes. A tel point que c’en est assommant. Si le comic-book d’Eisner mélangeait les genres – entre film noir, policier, horreur, comédie, cartoon, glamour – Dans l’adaptation cinématographique de Miller, on ne retrouve plus que l’aspect sexy avec un casting de choc : Mendes et Johansson.

Scarlett en femme de main du « terrible » docteur Octopus  – Samuel L.Jackson, guignol au rimmel dégoulinant et à l’épaisse fourrure lui donnant l’air d’un raton laveur géant –  affublée de tenues à mi-chemin entre SM et Nazi, rouge à lèvre noir, ombrelle et lunettes strictes. Des personnages sans consistance, sans profondeur. Stickers apposés sur l’écran glacé du ciné. J’imagine que l’on n’en demande pas tant à des personnages aussi stéréotypés que ceux des comics, mais alors au moins de la drôlerie, ou encore une forme de distanciation.  Mais là, le néant. Scarlett croque une pomme, Scarlett déploie son ombrelle japonaise. Scarlett m’emmerde. Passons au cas Mendes : jeune fille en fleur, amour d’enfance de l’esprit, devenue une arriviste-dominatrice-matérialiste : « girl power ». Je ne peux m’empêcher une petite digression, car cette actrice me tord de rire lorsqu’elle prêche et serine inlassablement son discours de « féministe » patentée: « ce que j’aime dans ce film, c’est que les femmes sont fortes, elles ont le pouvoir, ce ne sont pas des faire-valoir ». Mais grand dieu, Eva, évidemment que tu es un faire-valoir, ton joli cul que tu nous expose nonchalamment est un faire-valoir, ainsi que tout ton attirail charnu. Eva Mendes est donc formidablement belle et bien faite, mais elle est une actrice mineure : son talent  étant loin d’être aussi étoffé que son fessier.

The spirit est donc constamment entouré de créatures féminines cherchant à le tuer, lui faire l’amour, ou encore les deux … Un véritable défilé d’ahuries. En tête de gondole : Plaster from Paris, danseuse orientale, qui, apparemment, apprécie le pastis. Puis viennent Lorelei, la mort, personnage graphiquement très réussi et crédible contrairement à d’autres. Et l’infirmière amoureuse, fille de Nolan, l’inspecteur de police de la ville, se languissant de l’esprit et passant ses nuits à l’attendre, dans l’espoir qu’il se soit briser le cou ou autres parties corporelles et qu’elle puisse lui prodiguer des soins de ses mains expertes.

Mais rendons à César etc … Miller a tout de même le mérite d’être graphiquement doué. Oui, Frank a du style, Frank a su innover depuis Sin City en provoquant à l’écran un rendu similaire à celui des vignettes de bande dessinée. Mais à quoi sert le style s’il n’est pas au service d’une oeuvre aboutie. Le héros est insipide, douçâtre, anodin. La procession de nanas est sans intérêt, le « méchant », inepte (Samuel, prend ta retraite si c’est pour jouer ainsi des personnages crétinissimes). Le style pour le style ne génère chez moi qu’un ennui profond. Il aurait fallu lui insuffler davantage de matière, à cet esprit bien désincarné.

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